L'épidémie de maladie à virus Ebola, plus précisément la souche Bundibugyo, progresse dangereusement à travers le pays. Selon les données récentes du Dr Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, le bilan humain est alarmant : les autorités sanitaires dénombrent désormais plus de 10 600 cas confirmés et environ 5 200 décès. La situation est particulièrement grave en RDC, où le virus sévit dans huit provinces différentes, affectant 67 zones de santé distinctes. Le système de réponse actuel montre des signes évidents de faiblesse, avec plus de 85 % des nouveaux malades qui échappent au traçage des contacts. Il est préoccupant de constater que deux décès sur trois se produisent au sein même des communautés, loin des centres de soin.
La logistique sur le terrain reste un défi majeur, notamment dans la province de l'Ituri. À Mongwalu, les équipes médicales peinent à mener leurs opérations de recherche et de prise en charge à cause d'un climat sécuritaire précaire, marqué par la présence active de groupes armés. Les conditions météorologiques, avec des précipitations abondantes, compliquent également le déploiement des secours. Pour contrer cette propagation, l'Organisation mondiale de la santé a décidé d'élargir l'essai clinique « Tumaini » mené en RDC. Deux nouveaux vaccins, le ChAdOx1 de l'Université d'Oxford et le mRNA-1469 de Moderna, sont désormais intégrés à ce protocole de recherche spécifiquement conçu pour lutter contre la souche Bundibugyo.
Tensions politiques et enjeux de sécurité
Sur le plan politique, le climat est électrique entre les autorités en place et la coalition d'opposition C64. Cette dernière affiche sa volonté de se rendre à Goma pour engager des discussions avec Joseph Kabila, une initiative que Kinshasa rejette catégoriquement. Le vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a émis une mise en garde explicite : tout déplacement non autorisé vers Goma pour rencontrer l'ancien président sera considéré comme une infraction grave. Le gouvernement assimile cette démarche à un contact illicite avec des agents d'une puissance ennemie en période de guerre, invoquant les dispositions du Code pénal.
Face à cet avertissement, la coalition C64 se retrouve dans une impasse stratégique. Malgré les menaces de poursuites judiciaires brandies par le patron de l'Intérieur, Moïse Katumbi et ses alliés maintiennent leur projet de déplacement, affirmant vouloir promouvoir un dialogue inclusif. Cette obstination ouvre un nouveau foyer de crispation, tant sur le plan sécuritaire que sur l'échiquier politique national. Ce bras de fer place le président Félix Tshisekedi devant des choix complexes, oscillant entre la gestion des territoires occupés, les débats sur l'organisation d'un futur référendum et les conditions d'un éventuel dialogue national.