Le bilan d’un an de catastrophe environnementale
Le 4 novembre 2025, une rupture du bassin de rétention de Congo Dongfang International Mining (CDM) a libéré plus de 2 500 000 m³ d’eaux usées fortement chargées en métaux lourds. Les flux ont envahi les quartiers Kasapa, Kamatete et Kamisepe, touchant habitations, marchés, puits et cultures. La commission interministérielle d’enquête a confirmé les dommages aux populations et à l’environnement, incitant le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, à conditionner toute reprise d’activité de CDM à l’exécution d’un plan de réparation.
Le 17 janvier 2026, le ministre a signé une décision obligeant CDM à verser six millions de dollars de réparation collective, à signer un engagement écrit garantissant cinq ans d’accompagnement des victimes et à mettre en place un suivi sanitaire à moyen et long terme. Il a également été demandé la construction d’au moins quinze puits d’eau potable, la déviation des conduites REGIDESO DN 400 et DN 250 à proximité du site, ainsi que la réhabilitation totale de la route menant à Kasapa, incluant chaussée, caniveaux, drainage et éclairage solaire.
Les exigences des organisations de la société civile
Cinq ONG – Meda Mapendo, Horizon Kasapa, VADDIPER, Action pour la Justice et les Droits Humains (AJD) et l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) – ont publié un communiqué conjoint lors d’une réunion à Kamatete. Elles dénoncent le non-respect des engagements pris par le gouvernement et CDM. Selon elles, aucun paiement n’a été effectué, aucune signature d’engagement n’a été obtenue, et les travaux de forage et de déviation restent à l’état de projet.
Les associations réclament également la mise en place d’un dispositif de suivi sanitaire capable de détecter les pathologies tardives liées à l’exposition aux métaux lourds. Elles insistent sur la nécessité d’un mécanisme de gestion des plaintes accessible, transparent et structuré, afin que les habitants puissent signaler rapidement tout problème.
Témoignages des riverains
Lors de la commémoration, plusieurs habitants ont décrit la panique du matin où les eaux du bassin ont subitement débordé. Un résident a rappelé que les flux ont atteint le grand marché Moïse, endommagé des marchandises, des puits et des champs, rendant la culture difficile. « Notre calvaire se poursuit, nous n’avons vu aucune action concrète de la part des autorités ou de CDM », a-t-il déclaré.
Un autre habitant de Kamisepe a souligné l’absence totale d’intervention sur le terrain, malgré les exigences de la commission du ministère des Mines. Il a rappelé que, douze mois après le déversement, aucune mesure n’avait été appliquée dans son quartier.
Demande d’interpellation du ministre
Les ONG ne ciblent plus uniquement CDM. Elles reprochent au ministère des Mines une gestion qu’elles qualifient de « complaisance environnementale ». Elles demandent à l’Assemblée nationale d’appeler Louis Watum Kabamba à rendre des comptes sur la mise en œuvre des mesures de réparation et sur le suivi du dossier.
Hubert Tshiswaka Masoka, directeur général de l’IRDH, a expliqué que la démarche vise à obtenir la publication intégrale du rapport officiel de la commission, y compris les résultats des analyses écotoxicologiques réalisées sur les personnes examinées. Les ONG souhaitent que ces informations soient rendues publiques afin de garantir la transparence du processus.
Ce qui reste à faire
À ce jour, le paiement de six millions de dollars n’a pas été réalisé, le contrat d’engagement de cinq ans n’est pas signé, et les puits d’eau potable ne sont pas encore forés. La déviation des conduites d’eau de la REGIDESO et la réhabilitation de la route demeurent également en suspens. Les habitants attendent un suivi sanitaire durable, la création d’un mécanisme de plainte fonctionnel et la mise à disposition du rapport complet de la commission.
Le rappel du premier anniversaire du déversement a permis de mettre en lumière l’écart entre les engagements officiels et les actions réelles. Les communautés de Kasapa, Kamatete et Kamisepe restent mobilisées, exigeant que les promesses gouvernementales et les obligations de CDM soient respectées, afin de réparer les préjudices subis et de prévenir de futures catastrophes.
Perspectives
Si les pressions des ONG et des riverains se maintiennent, le gouvernement pourrait être contraint d’accélérer le versement des fonds de réparation et d’entamer les travaux d’infrastructure. Un suivi rigoureux des engagements, soutenu par la société civile, pourrait permettre d’assurer la santé des populations affectées et la restauration de l’environnement local.