Le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, a publiquement désigné le général François Kamanzi comme un agent double travaillant pour le compte de l'ancien président Joseph Kabila. Selon l'armée congolaise, les renseignements fournis par cet officier auraient permis de neutraliser plusieurs officiers rwandais, dont certains sont actuellement incarcérés à Kinshasa. Cette bascule dans la perception de l'officier par la hiérarchie militaire fait suite à l'interception d'une communication compromettante par les services de sécurité.
Dans cet échange, Joseph Kabila promettait explicitement au général Kamanzi de remplacer Sultani Makenga à la tête de la branche armée du Front pour la refondation de la nation (FRN). Cette structure, officialisée le 12 octobre 2026 à Goma, place Joseph Kabila à sa tête, assisté par Bertrand Bisimwa et Corneille Nangaa aux vice-présidences. L'offre de reprendre le commandement militaire de Makenga, poste particulièrement exposé, aurait ainsi révélé la double allégeance de Kamanzi aux yeux des autorités congolaises.
Un contexte de tensions internes et judiciaires
Le commandement de la branche armée du FRN est au cœur de nombreuses instabilités internes. Des documents onusiens ont mis en lumière, dès l'été, des fractures au sein de l'appareil militaire adverse, exacerbées par une lutte de pouvoir latente entre Corneille Nangaa et Sultani Makenga. L'arrestation de Théo Binamungu en septembre dernier avait déjà illustré ces tensions internes. La promesse faite à Kamanzi s'inscrit donc dans cette dynamique de recomposition et de rivalités au sein de la rébellion.
Sur le plan judiciaire, la situation de Joseph Kabila est déjà tranchée par la Haute Cour militaire. Le 30 septembre 2025, il a été condamné à la peine de mort par contumace pour des faits de trahison et de collusion avec des groupes armés opérant dans l'Est du pays. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a qualifié cette implication de l'ancien chef d'État comme une officialisation de la guerre contre la nation.
Vigilance accrue dans le Kongo Central
Parallèlement à ces révélations, le Kongo Central fait l'objet d'une attention sécuritaire particulière. La Première ministre Judith Suminwa, lors d'une mission le 20 octobre, a exhorté les habitants de Kasangulu à collaborer avec les autorités pour identifier tout ennemi ou traître, qualifiant cette zone de verrou stratégique pour l'accès à Kinshasa. Des rumeurs concernant la présence d'individus suspects dans la ferme de Joseph Kabila, située à Kiasungwa dans le secteur de Kimpese, ont circulé récemment.
L'administrateur du territoire de Songololo, Évariste Kazadi Mukeba, a toutefois démenti ces allégations le 31 octobre après une descente sur le terrain avec le Comité local de sécurité. Il a appelé la population à la prudence face à la propagation de fausses informations. Malgré ces déclarations, plusieurs zones d'ombre subsistent dans le discours des FARDC. Le porte-parole n'a fourni aucun détail sur le nombre précis d'officiers rwandais neutralisés, leur identité, ou la date exacte de l'interception de la conversation. La situation actuelle du général Kamanzi et les détails procéduraux concernant les détenus à Kinshasa restent également non documentés à ce stade.