Le 5 novembre 2026, le réseau panafricain de lutte contre la corruption, Unis, a diffusé une note intitulée "Les politiciens d’abord". Ce document scrute les allocations budgétaires prévues pour les institutions dans le projet de loi de finances 2027, en les comparant aux dépenses réelles enregistrées en 2025 et 2026. Le constat est sévère : malgré les engagements officiels de sobriété, la tendance à l'augmentation du train de vie institutionnel se confirme, aggravant les déséquilibres constatés depuis le rapport de février 2025.
La Présidence de la République affiche une progression budgétaire marquée. Le projet pour 2027 lui octroie 1 554,3 milliards de francs congolais, soit environ 675,8 millions de dollars. Ce montant représente une multiplication par 2,6 du budget initial de 2024 et une hausse de 12,1 % par rapport à la loi de finances rectificative de 2026. Parallèlement, les six institutions politiques majeures cumulent 3 773 milliards de francs congolais, un total presque équivalent à celui alloué au secteur de la Santé (3 945 milliards). Cette enveloppe politique représente 4,6 fois le budget total du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T).
Les disparités de traitement sont frappantes. Un poste de travail au sein de la Présidence coûte en moyenne 2 884 dollars par mois, contre 260 dollars pour un poste dans le secteur de l’éducation. Unis souligne également une gestion budgétaire peu rigoureuse : au 31 décembre 2025, les dépenses pour les biens et matériels ont atteint 196 % des crédits votés, tandis que les transferts ont dépassé les prévisions de 40 %. À la mi-2026, la Présidence avait déjà épuisé 99 % de son budget annuel, et le fonctionnement global des institutions s'élevait à 167,5 % des montants autorisés.
Un investissement public délaissé
L'investissement de l'État semble sacrifié au profit du fonctionnement. Au 30 avril 2026, le taux d'exécution des équipements publics ne dépassait pas 0,24 %. De plus, le recours aux procédures d'urgence reste fréquent, avec près d'un paiement sur cinq (19,7 %) effectué par ce biais au cours du premier trimestre 2026. Sur le plan structurel, le projet de loi de finances 2027 reste silencieux sur la maîtrise du train de vie institutionnel. Cinq des huit recommandations formulées par Unis en février 2025 sont restées sans réponse, et le passage au budget-programme est désormais reporté à 2029.
Une opacité persiste concernant 1 444,8 milliards de francs congolais de transferts destinés à la Présidence, à l’Assemblée nationale et au Sénat, dont la destination n'est pas détaillée. Face à cette situation, Unis propose cinq mesures correctives avant l'adoption du budget 2027. Le réseau demande le gel de la dotation de la Présidence au niveau de la loi de finances rectificative 2026, ce qui permettrait d'économiser 167,2 milliards de francs congolais. Il suggère également une réduction de 30 % des transferts alloués aux deux chambres du Parlement, générant une économie supplémentaire de 249,5 milliards.
Ces 416,7 milliards de francs congolais, soit environ 181 millions de dollars, pourraient être réorientés vers les territoires, les soins de santé primaires et les soldes des forces de sécurité. Unis préconise aussi la suppression de la ligne budgétaire du Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA), estimant que cet organe n'a plus de raison d'être avec ses 4,9 milliards de francs congolais alloués. Enfin, le réseau exige l'interdiction de tout dépassement de crédit sans loi de finances rectificative et la publication détaillée de l'usage des fonds spéciaux et secrets.
Jimmy Kande, président d'Unis, insiste sur la responsabilité des élus. Il rappelle que la volonté de réduire le train de vie de l'État ne s'évalue pas par les discours, mais par l'examen rigoureux des lignes budgétaires. Selon lui, le projet 2027 privilégie les intérêts des politiciens au détriment du progrès social, une orientation que les députés et sénateurs ont encore la possibilité de rectifier. Unis appelle enfin à une transparence accrue, incluant la publication du barème complet des rémunérations et l'audit des paies par la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances.