La capitale congolaise a abrité, le mardi 3 novembre, une journée d'échanges consacrée au 26ᵉ anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. La rencontre s'est déroulée dans l'amphithéâtre de l'Institut national des arts, réunissant près de 240 participants dont des jeunes en mentorat politique, des figures de la société civile et des cadres institutionnels. Le thème retenu ciblait la participation effective et le leadership des femmes pour l'instauration d'une paix durable en RDC.
Cette manifestation s'inscrit dans le cadre du projet « TUFAULU PAMOJA – Réussir ensemble », piloté par l'organisation CAFOD et ses partenaires locaux. Les débats ont permis de dresser un état des lieux de l'application de ce texte international, d'évaluer les blocages actuels et de proposer des pistes concrètes pour consolider l'implication des femmes dans les sphères de décision.
Intervenante principale lors des travaux, la consultante en genre et développement Annie Matundu a identifié trois contraintes majeures qui ralentissent la mise en œuvre de la résolution. La première réside dans le manque d'appropriation du contenu par la population et par les acteurs concernés. Selon son constat, une grande partie des personnes présentes lors des réunions méconnaît encore la substance exacte de cet outil juridique.
La seconde difficulté est d'ordre financier. Annie Matundu a déploré l'absence d'une ligne budgétaire étatique dédiée, ce qui contraint les organisations de terrain à dépendre quasi exclusivement des financements accordés par les bailleurs de fonds extérieurs. Enfin, l'insécurité persistante liée aux groupes armés dans plusieurs zones du pays constitue un obstacle matériel direct à la conduite des initiatives de paix sur le terrain.
Une représentation institutionnelle en progression
En dépit de ce tableau contrasté, des avancées ont été relevées au niveau des instances de gouvernance. Au sein du gouvernement national, la proportion de femmes est passée de 25 % à 34 %, représentant désormais 17 membres sur les 53 que compte l'exécutif. Des progrès mesurés s'observent également au Parlement, avec 17 % de sénatrices, ainsi que dans les entités locales où la représentation féminine atteint 19 % suite aux récentes élections communales.
Pour la spécialiste du genre, ces chiffres constituent une base qu'il convient de renforcer à travers des mesures institutionnelles durables. Elle suggère la décentralisation de la résolution 1325 au moyen de plans d'action élaborés à l'échelle provinciale et locale. Elle demande parallèlement l'engagement des parlementaires pour le vote d'une dotation financière spécifique au budget de l'État.
Sur le plan du leadership, les discussions ont rappelé la compétence des femmes dans la résolution des crises et la diplomatie. L'action de la ministre d'État et ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a été citée en exemple. Son rôle dans les démarches diplomatiques ayant abouti au vote de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, le 21 février 2025, illustre la capacité d'influence des cadres féminins congolais dans les négociations internationales.
La suite du programme a intégré une session dédiée au développement économique, conduite par le coach Gabriel Lubengo. Ce second panel a abordé la question de l'accès aux microcrédits, aux subventions et aux garanties bancaires. Les explications ont porté sur la structuration de projets éligibles et bancables, un levier jugé indispensable pour autonomiser les femmes et les jeunes aspirants entrepreneurs.
Les enjeux de la résolution 1325 en RDC
Les travaux de la journée se sont conclus par une représentation théâtrale interactive visant à sensibiliser l'assistance sur l'intégration des femmes dans les mécanismes de gouvernance. Ce volet artistique a illustré les difficultés quotidiennes auxquelles se heurtent les femmes pour accéder aux réseaux de décision et obtenir des soutiens financiers.
Adoptée le 31 octobre 2000, la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU fixe un cadre juridique international imposant la participation des femmes aux processus de négociation, de maintien de la paix et de reconstruction après les conflits. Ce texte exige également leur protection explicite contre les violences spécifiques commises en période de crise armée.
En République démocratique du Congo, le déploiement opérationnel de cet instrument se heurte à des pesanteurs structurelles et sécuritaires. Alors que les communautés souffrent des violences à répétition, l'accès restreint des femmes aux espaces de négociation limite la portée des initiatives de paix. Les participants ont réaffirmé la nécessité de transformer les engagements théoriques en budgets et en politiques publiques concrètes sur l'ensemble du territoire national.