Depuis le 6 octobre 2026, les combats se sont intensifiés entre les forces du gouvernement yéménite, appuyées par Riyad, et les combattants houthis soutenus par l'Iran. Cette escalade se traduit par des frappes répétées contre des infrastructures énergétiques et aéroportuaires saoudiennes, interrogeant directement l'efficacité des dispositifs de défense du royaume. Les analystes, à l'instar de Majed al-Yafai, observent un recul militaire marqué sur les fronts d'Al-Jawf et de Marib. Ces échecs sont imputés par certains observateurs à des formations affiliées au parti Al-Islah, accusées d'avoir abandonné des positions stratégiques sans combattre.
La responsabilité de ces revers est largement attribuée à l'Arabie saoudite, maître d'œuvre du soutien et de la supervision de ces unités islamistes. Majed al-Yafai pointe du doigt le maintien de responsables militaires dont les résultats sur le terrain sont jugés insuffisants par les observateurs. Cette situation révèle une fracture au sein du camp anti-houthi, où les forces soutenues par les Émirats arabes unis dans le sud du Yémen affichent des résultats et des agendas politiques distincts. Les revendications d'autonomie ou d'indépendance dans le sud du pays complexifient davantage la coordination militaire et politique de la coalition dirigée par Riyad.
Un défi technologique face aux menaces asymétriques
Les difficultés saoudiennes ne se limitent pas aux opérations terrestres. Depuis le début de l'intervention en 2015, les Houthis ont démontré une capacité constante à viser le territoire saoudien avec des drones et des missiles. Ces attaques, ciblant des points névralgiques, alimentent un débat persistant sur le rendement des systèmes de défense aérienne acquis à prix d'or auprès des États-Unis et de pays européens. Selon les données du SIPRI, les dépenses militaires du royaume ont atteint 83 milliards de dollars sur l'année de référence, un investissement massif qui peine pourtant à garantir une protection absolue contre des vecteurs d'attaque peu coûteux.
La disparité entre les budgets alloués à la défense et la vulnérabilité réelle des infrastructures vitales souligne l'asymétrie du conflit. Les Houthis exploitent des moyens technologiques accessibles pour saturer les défenses conventionnelles, rendant l'interception complexe et coûteuse pour l'Arabie saoudite. Cette dynamique impose un défi financier et opérationnel permanent, forçant Riyad à réévaluer constamment ses capacités d'anticipation et de réponse face à des menaces multiples.
Des alliances régionales à l'épreuve des faits
La stratégie diplomatique et militaire de Riyad rencontre également des obstacles dans sa quête de renforts régionaux. Des tentatives de mobilisation de combattants issus de formations armées au Soudan, notamment la brigade Al-Baraa ben Malik, auraient échoué, ces groupes refusant de s'engager contre les Houthis. Des démarches similaires auprès de la Syrie n'auraient pas davantage abouti, illustrant les limites de l'influence saoudienne lorsqu'il s'agit de projeter des forces supplétives sur des théâtres d'opérations lointains.
Ces échecs potentiels posent la question de la convergence des intérêts entre les puissances régionales et les groupes armés locaux. La guerre au Soudan, débutée en avril 2023 entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), illustre parfaitement cette complexité. Le conflit soudanais, par sa position stratégique sur la mer Rouge, est devenu un enjeu régional majeur où les médiations saoudiennes, comme celles de Djeddah, peinent à instaurer une stabilité durable. Riyad se retrouve ainsi à naviguer entre ses ambitions diplomatiques, la gestion de ses partenariats sécuritaires et la nécessité de protéger ses propres frontières.
La situation actuelle impose une réflexion profonde sur la stratégie saoudienne. La dépendance envers des alliés locaux aux objectifs divergents, couplée à la difficulté de neutraliser des menaces asymétriques malgré un arsenal sophistiqué, place Riyad dans une position délicate. L'enjeu pour le royaume reste la recherche d'une issue politique au conflit yéménite, dont les répercussions sécuritaires et humanitaires continuent de peser lourdement sur la stabilité de la péninsule Arabique.