Depuis le 12 octobre 2026, la République démocratique du Congo traverse une zone de turbulences politiques intenses. À Goma, Joseph Kabila a officialisé la direction du Front pour la Refondation de la Nation, une coalition regroupant l'Alliance Fleuve Congo et le M23. L'objectif affiché est de combattre ce que le mouvement qualifie de tyrannie du président Félix-Antoine Tshisekedi. Kinshasa rejette ces accusations et dénonce une trahison alimentée par des intérêts étrangers.
Le débat juridique se cristallise autour de l'article 64 de la Constitution de 2006. Le camp Kabila invoque l'alinéa 1 pour justifier une résistance contre un pouvoir perçu comme illégitime. Bertrand Bisimwa, membre du FRN, craint un effondrement du processus de paix de Doha en cas de révision constitutionnelle. Pourtant, l'alinéa 2 de ce même article qualifie toute tentative de renversement du régime d'infraction imprescriptible. Le recours aux armes avec un soutien extérieur transforme la démarche de l'ancien président en acte de belligérance.
Le passif institutionnel et sécuritaire
Le bilan des dix-huit années de gouvernance de Joseph Kabila, entre 2001 et 2019, éclaire cette posture. La révision constitutionnelle de 2011 a supprimé le second tour de la présidentielle pour fragmenter l'opposition. En 2015, des administrateurs provinciaux ont été nommés par l'ordonnance 15/081 au lieu d'organiser des élections. Le maintien au pouvoir après la fin du second mandat en 2016 reste un point de crispation majeur. Les politiques de brassage et de mixage, notamment avec le CNDP en 2007, ont échoué à stabiliser l'armée en intégrant des rebelles sans démanteler leurs structures de commandement, favorisant ainsi la création du M23 en 2012.
La gestion des finances publiques oppose deux époques distinctes. Sous Kabila, la corruption opérait dans l'opacité totale. Les enquêtes Congo Hold-up et les Panama Papers ont révélé un système de sociétés écrans et d'évasion fiscale massive. Le professeur Luzolo Bambi Lessa, alors conseiller spécial, alertait sur une perte annuelle de 15 milliards de dollars. Ses plaintes déposées en juin 2015 contre des gouverneurs et un directeur de cabinet sont restées sans suite, illustrant une impunité généralisée au sein de la haute sphère étatique.
La rupture sous Tshisekedi
Le régime de Félix Tshisekedi a choisi une autre méthode en privilégiant les procès publics. Cette stratégie rencontre toutefois des obstacles judiciaires internationaux. En octobre 2026, la justice belge a perquisitionné des résidences liées à l'entourage familial du président à Bruxelles et dans le Brabant. Ces actions font suite à des plaintes d'ONG du Katanga concernant l'exploitation minière et le blanchiment de capitaux. Le 17 octobre 2026, Jean-Claude Mulumba Tshisekedi a publiquement critiqué la gestion des carrés miniers lors d'un événement officiel à Kinshasa, dénonçant une priorité donnée aux affaires privées sur la collectivité.
La notion de tyrannie s'applique différemment aux deux acteurs. Félix Tshisekedi est critiqué pour le durcissement de son régime, la judiciarisation de la vie politique et son projet de révision constitutionnelle. Joseph Kabila, quant à lui, est pointé du doigt pour son basculement dans la rébellion armée. Malgré les appels au dialogue de personnalités comme Mgr Fulgence Muteba, le président Tshisekedi agit dans le cadre d'un mandat constitutionnel. Les affrontements au Nord-Kivu et l'interruption des processus de paix laissent la population civile comme principale victime de cette lutte de pouvoir.