La Tanzanie intensifie la transformation numérique de ses services publics. Cette modernisation touche des domaines variés comme la gestion des finances, les marchés publics, le recrutement, l'immatriculation des sociétés et les activités parlementaires. Benedict Benny Ndomba, directeur général de l'Autorité de l'administration électronique (e-GA), considère cette transition comme une nécessité absolue pour le fonctionnement de l'État moderne.
Les données chiffrées témoignent de l'ampleur du dispositif. Au 23 août 2026, la plateforme nationale de passation des marchés, NeST, avait traité 397 395 procédures pour une valeur cumulée de 40 400 milliards de shillings tanzaniens. L'Autorité de régulation des marchés publics (PPRA) estime que ce système a permis d'économiser 288,57 millions de pages de papier sur les exercices 2023/24 et 2024/25. Ces économies de papier et de toner représentent 27,64 milliards de shillings. Par ailleurs, les fournisseurs ont évité environ 15,4 millions de kilomètres de déplacements grâce à la dématérialisation.
Interconnexion et gestion des actifs
Le ministère des Finances a intégré le système de comptabilité publique, MUSE, à la plateforme NeST. Cette liaison permet de fluidifier les paiements et le suivi des contrats en faisant communiquer les étapes administratives entre elles. En parallèle, la plateforme GAMIS centralise la gestion du patrimoine public. En avril 2026, 644 institutions y recensaient plus de quatre millions de biens. Le défi actuel consiste désormais à vérifier la réalité de ces actifs, leur état physique et la fiabilité des données saisies.
L'usage du numérique s'étend à d'autres secteurs avec l'immatriculation des entreprises via BRELA, les candidatures sur Ajira Portal et la consultation des archives parlementaires sur POLIS. L'efficacité de ces outils dépend de la simplicité d'accès et de la qualité de l'assistance technique disponible en cas de panne. Pour assurer la cohérence de ces échanges, l'infrastructure GovESB permet la circulation des données entre les systèmes publics. L'e-GA impose des tests de sécurité stricts et des droits d'accès définis pour encadrer ces flux d'informations.
Transparence et enjeux de suivi
L'accès à l'information publique progresse également. Un répertoire lancé en juin 2026 recense 9 777 services répartis dans 554 institutions, précisant les exigences et les tarifs. Toutefois, la présence d'une interface en ligne ne garantit pas la finalisation intégrale des démarches sur le web. La sécurité des accès est renforcée par le dispositif NGAO, bien que la surveillance des incidents et la correction des erreurs restent des chantiers permanents. Il est nécessaire de prévoir des mécanismes permettant aux usagers de contester des décisions fondées sur des données inexactes.
Le suivi administratif doit impérativement distinguer le dépôt d'un dossier de sa validation effective. Un portail peut enregistrer une demande instantanément alors que le traitement réel demeure lent. La publication des délais de traitement et des motifs de rejet permettrait d'identifier les blocages persistants. Pour les collectivités locales, le succès de cette transformation se mesurera par le nombre de déplacements évités et de dossiers réellement achevés. Cette expérience tanzanienne offre des pistes de réflexion pour la République démocratique du Congo, engagée dans un vaste projet de modernisation de ses services publics.